Comment équilibrer sa vie ? Les médias nous parlent d’équilibrer notre vie personnelle et professionnelle. D’un côté, nous ciblons la performance et l’efficacité. De l’autre, nous parlons plaisir et bien-être. Et si la question n’était pas là ?

               

Parfois, nous portons un regard caricatural sur nos vies. D’un côté, une vie personnelle et familiale, synonyme de plaisir et de bien-être. De l’autre côté, une vie professionnelle, souvent synonyme d’ambition, de performance et d’efficacité. Nous dépensons une énergie folle à chercher un compromis satisfaisant entre les deux. C’est le fameux « équilibre » personnel et professionnel dont les médias traditionnels nous abreuvent. Nous finissons par être tellement centrés sur cette idée que nous oublions toutes les autres facettes de nos vies au profit d’une vision fragmentée et (trop) simplifiée. Si cela peut être rassurant, c’est également un frein à notre lecture du monde qui nous entoure. En refusant la complexité de l’équilibre de vie, nous nous fermons les portes d’une lecture plus fine et donc de nombreuses opportunités et ajustements.

L’éternel focus de l’équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle est une vision fragmentée et réductrice de la notion d’équilibre de vie.

L’équilibre de vie peut être analysé sous de multiples angles de vue tels que les expériences de vie au quotidien, les émotions qui leurs sont liées, les facettes qui se construisent petit à petit en nous, etc. Plus nous varions nos angles de vue et plus nous accédons à une variété importante d’éléments. Ces éléments sont des illustrations des facettes multiples de notre expérience de vie : les traits de notre caractère, les valeurs qui nous pilotent, notre entourage social, etc. Avec le temps, je suis persuadé qu’il n’existe pas une manière unique de regarder sa vie mais plutôt un état d’esprit avec lequel picorer ces facettes.

Si cette multiplicité de points de vue est d’une grande richesse, elle n’est pas toujours la règle dans notre société. Lors d’une réunion associative, j’ai réalisé à quel point elle m’était indispensable. Le thème concernait la place du logiciel libre et gratuit dans les projets urbains. La soirée a débuté par un tour de table des différentes personnes présentes. Avec la fatigue de la journée et par réflexe, je me suis présenté avec un angle plutôt professionnel. Les discussions se sont déroulées de manière intéressante. Du fait de la multiplicité des profils présents, nous alternions entre la place des enfants dans la ville, ce que pouvait être la ville intelligente, etc. À la fin de la soirée, j’ai débuté une discussion avec une personne de l’organisation. Au moment de partir, celle-ci m’a proposé de revenir à la prochaine réunion pour contribuer aux discussions, mais… selon ses propres mots « sans ma casquette professionnelle ». Bien sûr, je m’étais seulement contenté de partager des retours d’expériences de projets et n’avait à aucun moment cité mon entreprise. Malgré cela, ma posture d’entrepreneur avait dérangé mon interlocuteur. Pas ma posture de parent, pas ma posture d’ingénieur, juste ma posture d’entrepreneur et ma manière de voir les projets. Effacer cette facette de ma vie à l’entrée d’une salle et la reprendre ensuite m’a semblé tellement absurde. J’ai préféré ne pas donner suite à cette démarche.

Équilibrer les choses

Nous pensons (trop) souvent ces facettes comme des éléments fixes et immuables. Pourtant, leur degré de fixation n’est pas défini. Il est corrélé à l’état d’esprit que nous empruntons à leur égard. Prenons par exemple, un enfant qui se croit maladroit du fait de messages répétés de son entourage. Il aura toutes les chances de cultiver et d’entretenir sa maladresse en grandissant. Si ce même enfant est stimulé avec des propos bienveillants, il pourra mettre à contribution un état d’esprit apprenant et révéler son potentiel.

Pour équilibrer les facettes d’une vie, il n’existe pas de recette miracle. Il faut définir des éléments clés tels que les valeurs et la vision par exemple. Ces éléments identifiés pourront être ajustés, bougés, combinés et adaptés au regard des éléments fixes que propose l’environnement de vie.

L’équilibre de l’expérience de vie peut être symbolisé par une planche en équilibre sur un triangle. Sur la planche, nous trouvons des éléments externes et des éléments internes. Pour équilibrer, difficile de bouger des éléments externes qui ne dépendent pas de nous. Seules 3 actions sont possibles : (1) Répartir les éléments internes (2) Penser à les combiner et les adapter aux éléments externes (3) Oser décaler la base et modifier les rêgles d’équilibrage. Ces actions correspondent à 3 postures : esprit d’ouverture, agilité et créativité.


Un état d’esprit pour équilibrer

Pour accéder à ces postures, il est nécessaire de développer un état d’esprit dynamique et apprenant. Cet état d’esprit permettra de basculer dans un état où il sera possible de développer son potentiel et d’imaginer un équilibre pour sa vie.

La notion d’état d’esprit dynamique est décrit par les chercheurs en psychologie. Il est mis en opposition avec la notion d’état d’esprit statique. Un état d’esprit statique résulte de nos croyances limitantes. Si vous croyez que votre capacité est fixe sur un sujet donné, vous ne ferez rien autour de ce sujet par peur du risque de remettre en cause votre croyance. Ces croyances ne sont pas systèmatiquement négatives mais elles freinent les possibilités. Prenons l’exemple d’un jeune athlète qui est persuadé d’être le meilleur dans sa catégorie. Il arrive un moment où il change de catégorie et rencontre des difficultés à performer du fait d’un niveau plus élevé. Sa croyance initiale le conduira à refusé les situations d’échec et donc les opportunités d’évoluer.

L’état d’esprit de développement est basé sur la croyance que nos qualités de base peuvent être développées par l’effort. Bien que les personnes soient très différentes, chacun a la capacité de changer et de grandir par l’effort et l’expérience.


Carol S. DWECK, Université de Stanford

La chercheuse américaine Carol S. Dweck (Université de Stanford, Californie) décrit ces mécaniques humaines autour de la notion d’état d’esprit. L’état d’esprit dynamique ou apprenant permet de faire face à la complexité. Il permet de l’accepter et de produire une dynamique d’effort. Cette acceptation et cette dynamique d’effort permettent d’accéder à des possibilités de modeler les expériences de vie et donc à un équilibre de vie


DES RÉFÉRENCES

Mindsets: A View From Two Eras. Perspectives on Psychological Science. S. Dweck, Carol & Yeager, David. (2019)
Mindsets that promote resilience: When students believe that personal characteristics can be developed.Yeager, David & S. Dweck, Carol. (2012)
La page officielle de Carol Dweck, Université de Stanford, Californie.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *